2) A Cannes, le festivalier se reconnaît au nombre de badges qu’il porte en pendentif. Pour participer au Festival, vous devez être reconnu comme professionnel du cinéma. A savoir réalisateur, acteur, scénariste, journaliste spécialisé ou élève d’une école de ciné. Chaque catégorie dispose d’un badge différent, qui passe par toutes les couleurs de l’arc en ciel. Selon cette organisation très codifiée, on vous laissera le champ libre ou pas. Et pour rentrer dans les salles même chose, priorité aux plus influents. Vous faites la queue depuis une heure et à deux places près, la salle est pleine. Refoulé sans ménagement. C’est la dure loi du festival. Même chose pour les plages qui s’étalent le long de la Croisette. Pour chaque m², son badge ou presque. Avec cette valse de badges, Mister T passerait inaperçu.
3) Tout est bon pour voir le film du moment. Les mêmes professionnels cités plus haut ou les invités triés sur le volet disposent d’invitations aux projections… très convoitées par des cinéphiles et quelques excentriques. A la sortie du palais, on n’y coupe pas. A chaque fois, il y a bien une dizaine de personnes devant vous qui arborent des cartons griffonnés d’un « Invitations pour Bright Star SVP » et qui s’affichent avec les plus beaux sourires et les plus belles robes (pour les filles, ça aide visiblement) afin de décrocher le précieux ticket.
4) Cannes, c’est aussi le lieu où les émotions et les réactions sont exacerbées. On se souvient du scandale Irréversible à Cannes. La violence du film de Gaspar Noé, projeté en 2002 avait tellement choqué la croisette au point de mobiliser les pompiers pour faire évacuer la salle ! Ainsi, entre critiques (qui voient le film le matin) et public (qui voit le film le soir), il y a souvent divorce. Ainsi, la presse a reçu avec réserve Thirst de Park Chan Wook le matin et le soir, il fut longuement ovationné par le public. Hier, la critique a salué Un prophète, excellent Audiard (on y reviendra dans notre numéro de mercredi) et sifflé Ne te retourne pas, qui joue la carte du duo glamour Monica Bellucci-Sophie Marceau ou encore Antichrist qui a inspiré dégoût et incompréhension. Vécu aussi en projection publique : les applaudissements maladroits : logo du Festival, premiers applaudissements, titre du film, même chose. Que dire de la première apparition de l’acteur vedette ?
J.Blanchet
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